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actionnariat

12 mar
2010

Des dividendes trop élevés sont dangereux pour l’entreprise et pour ses personnels.

par: Hélène Marcy et Sébastien Crozier - thème: Nos analyses - mots clefs: actionnariat > dividendes - 1 commentaire

La moitié du CAC 40 maintient son dividende stable

Le Figaro se penche sur les dividendes versés par les entreprises du CAC40 pour l’exercice 2009.

L’analyse détaillée qui en est faite permet de souligner deux éléments clefs qui viennent confirmer nos analyses :

  • Plus du tiers des entreprises offrent un rendement supérieur à celui des obligations dans un contexte économique pourtant fortement récessif, qui devrait inciter les entreprises à la prudence, et donc à la conservation de leurs fonds propres pour mieux résister. Mais, comme nous l’avons déjà souligné, nous assistons à un dévoiement des règles du capitalisme, qui dérivent de plus en plus dangereusement, privilégiant la rémunération des actionnaires au détriment des capacités de l’entreprise à assurer sa croissance future.
  • France Télécom est l’entreprise la plus généreuse en terme de rentabilité sur capitaux investis, comme le montre le tableau comparatif présenté en fin d’article.

Ce que l’article en revanche ne souligne pas, c’est que cette « générosité » à l’égard des actionnaires représente un taux de distribution des bénéfices de… 124% (1,40 € de dividende versé pour 1,13 € de bénéfice net par action) ! Très au-delà de ce qui est considéré comme « exceptionnel » dans l’article, si l’on en croit le point d’exclamation qui suit le taux de distribution d’Accor, qui n’est « que » de 72%.

Serions nous les seuls actionnaires à en être choqués ?

Les dividendes élevés ne sont pas pérennes…

On notera également le renvoi de l’article vers une interview de Frédéric Buzaré (Dexia Asset Management), dont quelques propos particulièrement intéressants sont soulignés par nous :

Les investisseurs ne doivent pas se focaliser sur les dividendes les plus élevés, mais les dividendes les plus pérennes, donc les plus généreux en termes de croissance (chiffre d’affaires, résultat net, dividendes, NDLR) et qui bénéficient d’une bonne visibilité. Nous pensons que des dividendes trop élevés ne sont pas pérennes. En effet, plus qu’un rendement élevé, cela signifie surtout que le cours de Bourse diminue, et donc que la situation économique de la société est dégradée. Prenez l’exemple de AT&T : l’entreprise a misé sur une logique court-termiste. Conséquence : elle n’a généré aucune croissance, et la valeur a été pénalisée par les marchés. Ce qui explique que plusieurs valeurs défensives ont baissé plus que les marchés. Le consensus S&P500 anticipe une hausse de 11% des dividendes en 2010.

France Télécom s’inscrit aussi, malheureusement, dans cette logique court-termiste, qui semble être une caractéristique des opérateurs télécoms, secteur qui pourtant reste globalement en croissance, et dont le rôle est prépondérant dans les économies modernes.

Le rappel de M. Buzzaré souligne bien que la politique de dividendes élevés, soutenue par la Direction financière de France Télécom soi-disant pour soutenir le cours de l’action, est une interprétation erronée des règles de fonctionnement des marchés.

… et s’avèrent dangereux, pour l’entreprise comme pour ses personnels

L’analyse de la distribution de dividendes aux actionnaires de France Télécom sur le moyen terme montre bien que l’entreprise a une politique de plus en plus dangereuse pour sa propre pérennité.

Graphique dividende par action

Le retour du dividende à 0,50 € demandé par l’ADEAS permettrait de revenir au ratio de distribution de 2004, qui apparaissait beaucoup plus raisonnable.

On notera également que le durcissement des règles de management de l’entreprise qui a débouché sur la terrible crise sociale dont les personnels subissent encore les effets date précisément du moment où les dividendes ont commencé à s’envoler.

Les analyses menées par Technologia et les corrélations que nous pouvons établir à la simple lecture de la politique actionnariale de l’entreprise sont concordantes, et ne peuvent que renforcer notre demande insistante de baisse du niveau des dividendes.

Outre le caractère symbolique de la mesure, qui a son importance pour le moral des personnels, elle permettrait de retrouver des marges de manoeuvre pour mettre en oeuvre un projet industriel motivant, pour dépasser la crise sociale en redonnant des objectifs positifs aux équipes.

09 mar
2010

Résultats 2009 : France Télécom continue de se plier aux dogmes des marchés financiers. L’ADEAS prône le retour à une gestion qui garantisse la pérennité de l’entreprise.

par: Hélène Marcy et Sébastien Crozier - thème: Communiqué de presse,Nos analyses - mots clefs: actionnariat > actionnariat salarié > bourse > Etat > résultats - 2 commentaires

Le contexte économique mondial globalement morose, marqué par les effets de la crise financière et les excès d’un certain capitalisme, aurait du être l’occasion d’annoncer une inflexion de la politique de dividendes de France Télécom. Le Conseil d’administration, en se saisissant de cette opportunité légitime, aurait ainsi fort justement emboité le pas aux leaders mondiaux des nouvelles technologies, tels Apple ou Google qui ne distribuent aucun dividende afin de conserver leurs capacités d’investissement et d’innovation.

Malheureusement, et sans doute sous la pression de l’État, premier bénéficiaire de ces dividendes insensés, les principes du capitalisme industriel sont dévoyés, et France Télécom versera pour l’exercice 2009 des dividendes supérieurs à ses bénéfices !

Le déploiement de la fibre va démarrer cette année : l’ADEAS demande que l’entreprise puisse bénéficier de toute sa capacité financière pour assurer son avenir, et, par la même, celui de ses salariés comme de ses actionnaires. France Télécom doit en outre pouvoir contribuer efficacement à l’équipement numérique de la nation, pour lui permettre de rester compétitive en ce début de troisième millénaire.

Le chiffre d’affaires global est en baisse, seule la France continue de croître, restant la vache à lait du groupe.

Au-delà des impacts de la conjoncture mondiale et des effets négatifs de la réglementation sur le chiffre d’affaires, comme la baisse des prix du roaming imposée par Bruxelles, le développement de France Télécom à l’international reste décevant.

Les volumes d’affaires sur les marchés à forte croissance sont insuffisants pour compenser les mauvais résultats sur les marchés plus matures, tels que la Pologne et l’Espagne, où le chiffre d’affaires contributif est à la baisse. Et il est nécessaire de fusionner Orange avec T-Mobile au Royaume Uni pour que l’opérateur mobile retrouve la place de leader qui était la sienne deux ans après son rachat par le groupe France Télécom.

Les taux de change n’expliquent pas tout. Dans un groupe qui réalise la moitié de son CA à l’étranger, la quasi absence de dirigeants étrangers, au Comex ou au Conseil d’administration, laisse perplexe. Est-il raisonnable que les dirigeants opérationnels français soient aussi en charge de pays aussi important que l’Espagne ou la Pologne ?

La France continue d’être la vache à lait du groupe, fournissant la principale contribution aux bénéfices, et plus de 56% de l’EBITDA du groupe.

Les dividendes promis sont supérieurs aux bénéfices !

Dans ce contexte récessif, France Télécom a néanmoins annoncé le maintien de la politique de dividende élevé : 1,40 euros par action pour 2009, soit le versement de 3,65 milliards d’euros aux actionnaires, alors que le résultat net part du Groupe en données publiées s’établit à 2,997 milliards d’euros et le résultat net consolidé n’est que de 3,47 milliards d’euros.

France Télécom va donc verser des dividendes supérieurs aux bénéfices. Ce que confirment bien les documents de référence[1], qui indiquent un résultat net par action de 1,13 €.

Cette décision choquante et surréaliste appelle plusieurs niveaux d’analyse.

Un dévoiement des règles du capitalisme, qui pour autant ne bénéficie pas au cours de l’action France Télécom.

La politique de dividendes élevés, selon la Direction financière, a pour objectif de soutenir le cours de l’action. Mais les investisseurs sont ingrats. Si France Télécom leur permet d’obtenir la meilleure rentabilité du CAC40 (entre 8,2 et 8,5% de rentabilité sur capitaux investis selon la période de référence prise en compte[2]), le cours de l’action a perdu plus de 30% en deux ans[3], alors que l’indice CAC40 a, sur la même période, gagné plus de 4%.

Il convient ici de rappeler deux règles clefs du capitalisme, de plus en plus souvent bafouées. D’abord, la source essentielle du gain pour l’actionnaire, c’est la croissance du cours de l’action – basé sur les perspectives de croissance de l’entreprise[4] – qui lui permet de réaliser une plus-value. Ensuite, selon les théories de la valeur actionnariale, « les actionnaires doivent obtenir un rendement supérieur à celui d’un rendement sans risque, puisqu’ils prennent précisément un risque »[5]. L’actionnaire est donc sensé être un partenaire de l’entreprise, qui gagne quand elle gagne, et perd quand elle perd.

Mais les dérives du capitalisme financiers sont telles qu’aujourd’hui, l’actionnaire capte toute la valeur, au-delà même de ce qui est engrangé par l’activité opérationnelle de l’entreprise, et qu’on lui garantit, via la politique de dividendes élevés, un rendement sans risque !

Une politique à contre-courant des leaders mondiaux des nouvelles technologies.

Si d’autres opérateurs, tels Deutsche Telekom ou Telefonica, « mettent un point d’honneur à distribuer des dividendes »[6], ce n’est pas le cas des leaders mondiaux des nouvelles technologies, avec lesquels France Télécom entend pourtant rivaliser ou s’allier.

On peut ainsi noter qu’Apple, dont les bénéfices atteignent cette année ceux de France Télécom, ne verse aucun dividende à ses actionnaires depuis 15 ans[7], préférant conserver ses fonds propres pour assurer à l’entreprise sécurité et flexibilité dans le financement de son expansion, selon les propres termes de Steve Jobs. Et l’équipementier a réussi à prendre une très belle place dans une activité d’intermédiation qui est restée longtemps l’apanage des opérateurs, en faisant par exemple de son App’Store la première plate-forme de téléchargement d’applications pour l’iPhone.

Google pour sa part n’a jamais versé le moindre dividende. Et si le moteur de recherche de France Télécom est totalement enfoncé par le leader mondial (1,5% de part de marché pour le moteur d’Orange en France en janvier 2010, 89% pour Google[8]), Google commence à investir dans les réseaux de fibre optique[9].

Même Thierry Breton, actuel PDG d’Atos Origin, qui fut l’instigateur de la politique actuelle de France Télécom et un  zélé défenseur de la valeur actionnariale, a décidé en 2008 qu’il n’y aurait «pas de dividendes pour les actionnaires d’Atos Origin[10] » compte tenu du contexte économique difficile.

Sans commentaire.

Une lourde hypothèque sur le futur de l’entreprise.

Le plus inquiétant pour nous, actionnaires salariés, c’est que le versement de ce dividende exorbitant va imposer soit une hausse de l’endettement, soit une baisse de l’investissement. Quelle que soit l’option choisie, cela obère les capacités de croissance de l’entreprise, au moment même du démarrage d’un nouveau cycle technologique.

Comme l’a souligné la CFE-CGC/UNSA dans un récent communiqué[11], les investissements nécessaires au raccordement de tous les foyers français en fibre optique, souhaité par l’actuel Président de la République, seront colossaux. Il serait donc logique que l’État permette aux opérateurs de conserver leur capacité d’investir pour les déployer.

La lecture attentive des résultats 2009 montre également que les coûts de déploiement des réseaux dans les marchés émergents augmentent. Le développement de l’opérateur sur ces nouveaux marchés est pourtant nécessaire pour alimenter la croissance organique à moyen terme.

Il est à craindre que France Télécom ne dispose pas des moyens suffisants pour faire d’Orange une grande marque mondiale. France Télécom sera-t-il relégué parmi les opérateurs locaux de second rang ? Ou, dans le cadre de la consolidation européenne qui se poursuit, deviendra-t-il une cible pour un opérateur plus puissant ?

Les salariés actionnaires ne sauraient se résoudre à un tel sort, alors que l’opérateur dispose encore de nombreux atouts pour redresser la barre, et reprendre sa place parmi les grands leaders des télécommunications.

L’ADEAS estime que la réduction des dividendes faciliterait un retour à la croissance des activités, qui permettrait de dépasser la crise sociale.

L’entreprise a besoin de toutes ses ressources, et notamment de fonds propres, pour lui permettre de développer en toute sécurité les nouvelles activités qui assureront sa pérennité parmi les grands opérateurs de télécommunications.

L’ADEAS souhaite que l’entreprise se dégage de l’aliénation aux dogmes des marchés financiers. Elle suggère au Conseil d’administration que le niveau des dividendes soit ramené à 0,50 € au lieu de 1,40 €, au bénéfice de l’investissement et du désendettement. En complément des fonds propres conservés dans l’entreprise pour faire face aux besoins d’investissement, cette baisse permettra une réduction des frais financiers de 150 millions d’euros par an. A titre d’exemple, 150 millions, c’est le coût annuel de 3 000 créations d’emplois nouveaux dans l’entreprise.

Elle demande aussi à l’État de prendre toutes ses responsabilités d’actionnaire principal. Rappelons qu’avec 27% du capital, l’État est le principal bénéficiaire de ces dividendes, mais aussi qu’il a tous les moyens d’infléchir cette politique irresponsable pour la pérennité de l’entreprise. Le gouvernement devrait également être cohérent dans sa politique : lui qui prône et pratique le désengagement de l’État au profit de l’initiative entrepreneuriale, ne doit-il pas laisser l’entreprise disposer de ses fonds propres plutôt que de les ponctionner pour renflouer ses caisses ?

La nouvelle direction opérationnelle a annoncé son souhait de dépasser la crise sociale en mobilisant les équipes autour d’un grand projet. Elle doit avoir les moyens de le mettre en œuvre.


[1] Comptes consolidés 2009 – page 6 – France Télécom – février 2010

[2] Les opérateurs télécoms mettent un point d’honneur à distribuer des dividendes – La Tribune – 27 février 2010 – France Télécom : un retard boursier à combler – Le Revenu – 8 février 2010

[3] Les deux années « record » pour le montant du dividende de l’action France Télécom, établi à 1,40 € pour les exercices 2008 et 2009.

[4] Doit-on regarder le dividende lors de l’achat d’une action ? – paperblog – 26 août 2009

[5] La valeur actionnariale et la crise – Sans rationalité et sans finalité – 27 février 2010

[6] La Tribune – op cit

[7] Les actionnaires d’Apple privés de dividendes – Le Monde – 26 février 2010

[8] Baromètre des moteurs – Janvier 2010 – AT Internet Institute

[9] États-Unis : Google va déployer son propre réseau fibre optique à très haut débit – ZDNet – 11 février 2010

[10] Pas de dividendes pour les actionnaires d’Atos Origin – JDN – 18 février 2009

[11] France Télécom investira 2 milliards d’euros dans la Fibre – CFE-CGC/UNSA – 12 février 2010

  • Télécharger le communiqué en pdf : Communiqué ADEAS – résultats 2009 et dividendes – 9 mars 2010
05 nov
2009

La crise fait chuter les dividendes de l’Etat actionnaire

par: Hélène Marcy - thème: Nos analyses,Revue de Presse - mots clefs: actionnariat > Etat - 0 commentaire

Dans L’Expansion du 19 octobre, on peut lire :

La valeur des participations de l’Etat dans les entreprises cotées en Bourse a chuté de près de 24 milliards d’euros, principalement en raison de la crise financière.

« Le total des dividendes issus d’une activité économique qui seront perçus par l’Etat actionnaire en 2009 devrait s’établir à 4,9 milliards d’euros contre 5,6 milliards en 2008″, alors que les dividendes perçus par l’Etat n’avaient cessé de progresser depuis 2003, indique l’APE.

Nous reviendrons ultérieurement sur le rapport de l’APE (Agence des Participations de l’Etat) pour en faire une analyse plus approfondie.

Mais on peut d’ores et déjà noter que cela n’incitera pas l’Etat à baisser la pression sur le niveau des dividendes qu’il exige de France Télécom, et qui devraient se monter pour l’exercice 2009 à près d’un milliard d’euros (991 121 895 € très exactement), soit 20% de ce qu’il touche sur l’ensemble de ses participations.

05 nov
2009

France Télécom : précisions sur le tour de table

par: Hélène Marcy - thème: Revue de Presse - mots clefs: actionnariat > Etat - 0 commentaire

L’Erap, qui détenait initialement les participations de l’Etat dans France Télécom, a transféré ses titres à l’Etat français le 29 octobre 2008.

L’ensemble des titres France Télécom de l’Etat français sont donc maintenant détenus conjointement par l’Etat lui-même, et le FSI (Fonds Stratégique d’Investissement) contrôlé par la Caisse des Dépôts et Consignations.

Cela ne change rien au poids global de l’Etat dans l’actionnariat de France Télécom, qui reste à 26,73% du capital de l’entreprise, et que l’Etat déclare ne pas avoir l’intention d’augmenter.

  • Le détail des participations de l’Etat sur Boursier.com du 5/11/2009
  • En savoir plus sur l’ERAP et les opérations prévues par la loi de finance 2009 sur le site du Sénat
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